Les pouvoirs publics sont soumis au droit, ce qui induit une limitation des pouvoirs de ceux-ci. Toutes les décisions doivent, ainsi, être conformes à la Constitution, aux engagements internationaux, aux lois et règlements. L’État de droit est celui dans lequel les normes juridiques sont hiérarchisées de telle sorte que sa puissance s’en trouve limitée. Dans ce modèle, chaque règle tire sa validité de sa conformité aux règles supérieures. Un tel système suppose, par ailleurs, l’égalité des sujets de droit devant les normes juridiques et l’existence de juridictions indépendantes. Toute politique discriminatoire et contraire à l’exigence d’Etat de droit constituer une réelle base de déstabilisation de l’unité nationale.


Au Burundi, la hiérarchie des normes, coiffée au sommet par la constitution suivi des engagements internationaux, puis de la loi et en fin des règlements et les décisions administratives, est structurellement bien organisée. Mais certains cas de non-respect des décisions judiciaires, généralement en matière des conflits fonciers, par les autorités administratives, tant pour les autorités de base que les hauts cadres de l’Etat, remettent en cause une autre condition essentielle pour l’établissement de l’Etat de droit qui est l’indépendance de la Justice.


Le principe de l’État de droit, dans sa portée pratique, suppose l’existence de séparations du pouvoir et des juridictions indépendantes et compétentes pour trancher les conflits entre les l’existence de la hiérarchie des normes, et le principe d’égalité, qui s’oppose à tout traitement différencié des personnes juridiques.


Mais le passé burundais compromet, à chaque fois, les principes de l’Etat de droit et de la démocratie. Le Burundi a connu, depuis la colonisation, une division sociale multiforme qui a conduit au massacre des Hutus en 1972 et celui des Tutsis en 1993 suivi d’une guerre civile très sanglante. Depuis l’indépendance, le Burundi connait un cycle de violences ethniques qui ont provoqué la fuite d’une de plus 800 000 burundais vers les pays voisins. Le Pouvoir autoritaire de l’époque est tenu responsable, à raison, des répressions et des exécutions ciblé des Hutus. La justice ne peut pas non plus être épargnée, car elle fait partie des moyens de répressions du pouvoir.


La notion d’égalité et de justice indépendante et compétente n’ont pas prévalu depuis un siècle dans la société burundaise. Les exclusions systématiques, les stigmatisations généralisées, les prétentions erronées de supériorité des uns sur les autres, l’esprit de vengeance et de complexe d’infériorité, les méfiances interethniques et les tentations hégémoniques ont été largement nourries au sein la population burundaise au cours des dernières décennies et ont creusé un fossé très profond de crise de confiance au sein des différentes couches sociales.


L’Etat de droit est un remède parfait pour rétablir la confiance perdu et assurer la cohésion sociale pacifique. Mais son établissement nécessite beaucoup plus de volonté du pouvoir, plus d’effort de la part des autres acteurs sociopolitiques, mais aussi plus des moyens.


La notion de l’Etat de droit et son efficacité restent connue par moins de 10% de la population burundaise et la volonté du Gouvernent à son instauration reste théorique. Les abus du pouvoir, le non-respect de la hiérarchie des normes, l’absence totale d’une justice indépendante et compétente et les inégalités observées dans la société et même dans les lois sont des signes incontestables d’une notion qui n’a pas encore réussi à asseoir l’Etat de droit à l’intérieure de ses frontières.


Pour contribuer à ce problème, Via-Volonté, à travers le renforcement de capacité et la sensibilisation, forment les élus locaux, les activistes de la société civile, les jeunes et les groupes marginalisés et organisent des rencontres de sensibilisations avec les populations locales pour éveiller leurs consciences sur la nécessité de l’Etat de droit au Burundi.