L’intégration effective de la démocratie comme norme et valeur légitimatrice de la politique se heurte à des sérieux obstacles liés à l’absence de l’émancipation culturelle. La culture autoritaire s’observe facilement chez les acteurs politiques dirigeants burundais, et la culture démocratique est considérée comme une culture d’insubordination par les autorités démocratiquement élus. Certaines valeurs démocratiques à savoir la liberté, légalité, la tolérance, le pluralisme et l’obligation de rendre compte se heurtent cette fois ci aux mauvaises habitudes déjà acquises les gouvernés dont la soumission et la politique d’affection motivée par l’appartenance ethnique.


La culture autoritaire ou La culture du chef


L’histoire comme obstacle à la culture démocratique est observable au niveau des institutions, de comportements et d’attitudes des acteurs politiques et militaires. L’acquisition classique du pouvoir par la force et la notion et la perception historique de l’autorité comme chef infaillible font obstacle à l’intégration effective des valeurs démocratiques dans la société Burundaise. Les caractéristiques des époques sombres qu’a connues le Burundi refont surface en force. Manifestation de l’habitus autoritaire chez les autorités et les membres du parti au pouvoir, le retour du commandement arbitraire, les violations des droits de l’homme, la préférence des acteurs politiques (oppositions y compris) et militaires à faire recours à la violence pour résoudre les crises politiques. Le changement culturel autoritaire vers une intégration culturelle démocratique de la société burundaise reste menacé pour plusieurs raisons.


Le caractère violent des acteurs politiques et militaires


La politique dominée par le recours aux armes, par la violence est un trait constant au Burundi depuis plusieurs décennies. Elle se traduit d’une part par les coups d’État, d’autre part par les conflits armés répétitifs. Les coups d’État constituent dans la vie politique burundaise un moyen d’alternance au pouvoir qui a acquis l’apparence d’une réalité objective du fait de son inscription dans la durée, de sa régularité, qui est intériorisée dans la conscience des acteurs politiques et militaires, des individus et qui influence les comportements et affecte considérablement la socialisation des valeurs démocratiques.


La tentative du coup d’Etat du 13 Mai 2015, dont les auteurs ont avoué que c’était pour défendre la démocratie et les accords d’Arusha, est illustration parfaite des comportements antidémocratiques.


Les appels tacites ou parfois même explicites des acteurs politiques et certains activistes de la société réclamant une intervention de l’armée pour « libérer le peuple burundais» et les bonnes relations entretenues entre l’opposition et les putschistes après la tentative du coup d’Etat du 13 Mai 2015, laisse à croire que les acteurs politiques burundais font partie des obstacles majeurs à l’épanouissement de la culture démocratique.


Les conflits armés comme moyen de provoquer le changement social et de faire valoir les revendications sociopolitiques s’inscrivent dans les consciences des acteurs politiques burundais comme moyens efficaces d’exprimer leurs opinions et de défendre l’égalité.


La contradiction par le moyen des armes, bien que préférée par les acteurs politiques burundais, est un moyen antidémocratique qui provoque une grande souffrance à la population civile et qui laisse beaucoup de mort dans son passage. Tandis que la culture démocratique nous offre l’habilité de dialogue et de faire de compromis à chaque fois qu’il y a un différend politique ou social.


La politique d’affection


En tant que régime de discours se référant à la mobilisation de l’appartenance ethnique, religieuse ou linguistique, la politique d’affection, pose un problème sérieux à la concrétisation de la culture démocratique comme une culture de transcendance des clivages culturels, raciaux et autres. Au Burundi, la politique d’affection a considérablement contribué à la régression de la culture démocratique.

Pendant la période électorale, on observe souvent la pratique dite « campagne du porte à parte » qui, dans la plupart de cas, est une sensibilisation ethnique, interdite par loi, où le passé est passé en revue et s’assurer que les électeurs n’ont pas oublié le seul critère incontestable pour élire son candidat ou son parti qui est l’appartenance à la même ethnie.


Dans une société où la majorité politique correspond largement à une majorité ethnique écrasante de plus 80% (Hutu) et la minorité politique correspondant aux minorités ethniques (Tutsi, Swahilis et Twa), la démocratie de la majorité est perçue comme un système de domination et devient source de frustration. Le compromis social conclu entre les Hutu (majorité dominée à cette époque) et Tutsi (minorité dominante) n’a pas tenu compte des minorités dominées (Swahili et Twa). Cela s’explique par le manque de coopération entre les groupes dominants et les minorités et l’absence de la tolérance entre toutes les ethnies observée ces dernières décennies. L’espoir de voir un jour la culture démocratique prendre racine au Burundi réside essentiellement sur un compris social équitable, la coopération et la tolérance, le respect, le pluralisme, l’acceptation de la différence, la solidarité et la paix entre tous les groupes.


L’enracinement de la culture démocratique au Burundi doit être une priorité bien qu’il nécessitera plus d’efforts que de moyen, car seules les valeurs démocratiques donneront une véritable stabilité à la société burundaise.


C’est dans cette optique que Via-Volonté compte multiplier et élargir ses actions sur toute l’étendue du pays pour toucher le plus grand nombre possible de la population locale et renforcer les capacités des élus locaux sur les stratégies de promotion de la culture démocratique et de la paix.